• Une interview de Maître Le Sang (Budo Int 1998)

    Cette interview date un peu ,mais je la trouve très intéressante..

    Interview réalisée par Budo International, dans la ville de Ho Chi Min au Vietnam, le 8 septembre 1998.

     

    Maître LE SANG (78 ans, Patriarche mondial du Vovinam):

    Nous vous présentons aujourd'hui le "père" de l'enfant, le Grand Maître Le Sang, dont l'air de bon vieillard contraste étonnement avec la santé et la prestance juvénile de ses gestes.

    Son visage laisse voir ce mélange de tempérance et de charisme si particulier et si peu fréquent qui caractérise eux qui, véritablement et intensément, ont parcouru "le chemin". Son sourire réjouit et ouvre le cœur de ceux qui suivent et son regard a la force de celui qui se possède lui-même. Il est la figure maîtresse incontestée du Vovinam, centre qui donne la cohésion, la référence indispensable pour tous ceux qui suivent cette voie. À 78 ans, pour les pratiquants de Vovinam, cet homme est le phare qui illumine l'horizon, éclaire le futur et met en communication avec la tradition, les racines, le socle, le passé. Nous avons eu le plaisir de le voir en action et d'assister aux durs examens qu'il impose à ses élèves!

    Le Maître Le Sang incarne ce qu'il faut être, il est capitaine au long cours dans ce voyage exigeant qu'est la vie d'un pratiquant d'arts martiaux, le bon guide du lieu où, plus tard que tôt, nous arriverons peut-être. Etre vieux est ce à quoi nous conduit la vie... si nous avons de la chance. Apprenons de celui qui sait.

    INTRODUCTION:
    Le Grand Maître Le Sang est le plus haut gradé de Vovinam Viet Vo Dao du monde. Ce maître de 78 ans, profondément respecté par les pratiquants des cinq continents, est cependant un homme ouvert doté d'un esprit d'une incroyable jeunesse. Son dynamisme est impressionnant Il totalise presque 60 ans de pratique du Vovinam. Successeur testamentaire du Grand Maître Nguyen Loc et doyen mondial du Vovinam, le maître Le Sang a voulu, au début des années soixante, donner plus d'importance à l'aspect philosophique de l'art martial vietnamien. Il imposa la notion de Viet Vo Dao en 1963, trois ans après la mort du Maître Nguyen Loc. Le Viet Vo Dao est un concept philosophique indissociable du Vovinam qui comporte deux phases: le Viet Vo Dao proprement dit et le Nhan Vo Dao.

    Avant 1960, la conception du Dao, au sein des arts martiaux vietnamiens n'était ni unifiée, ni véritablement définie. Le Maître Le Sang, en 1963, fit la synthèse des différentes idéologies liées aux arts martiaux originels du Vovinam pour arriver au Viet Vo Dao. Mais, le Viet Vo Dao, n'est encore qu'une phase transitoire du Vovinam. Cette première phase est.

    Viet: le peuple vietnamien
    Vo: l'art martial
    Dao: la voie.
    La voie de l'art martial vietnamien.

    La phase finale, créée par Maître Le Sang, est le Nhan Vo Dao.

    Nhan: l'humanité
    Vo: l'art martial
    Dao: la voie.
    La voie de l'art martial de l'humanité.

    L'idée originale était de permettre la connaissance et la pratique du Vovinam à tout le monde dans le monde entier Cette notion d'universalité rompait radicalement avec l'ancien concept de II Vo Ta" (notre art martial) très répandue au Vietnam. Le concept de Viet Vo Dao Nhan Vo Dao fut révolutionnaire pour l'époque. C'est pour cela que depuis 1963, le Vovinam a deux noms: Vovinam Viet Vo Dao.

    Que pense le maître qui fonda le concept de Viet Vo Dao de tout cela? Sa conception des arts martiaux a telle changé maintenant qu'il a 78 ans? Le grand maître Le Sang, outre le fait qu'il accepte pour la première fois en 60 ans la réalisation d'une série de photos techniques, a bien voulu répondre aux questions de Budo International, en exclusivité mondiale.

    Le Grand Maître Le Sang nous a reçus, toujours souriant, dans son appartement situé au dernier étage du To Duong (centre d'entraînement du Maître Fondateur).

    Interview du grand maître LE SANG (78 ans).
    (10ieme Dan de Vovinam Viet Vo Dao. Patriarche du Vovinam Viet Vo Dao au niveau mondial.


    Budo International:
    Maître le Sang, quelle est la différence entre votre conception des arts martiaux à 78 ans et celle que vous aviez quand vous vous entraîniez avec le maître fondateur du Vovinam?
    Maître Le Sang:
    J'ai commencé à pratiquer le Vovinam avec le maître fondateur en 1940 parce que j'avais été malade au cours des années 1938 et 1939 et que je voulais fortifier mon corps et avoir une meilleure condition physique. Ce fut ma première motivation. Ensuite, l'art martial allait m'apprendre à me défendre... Mais maintenant, à 78 ans, je perçois l'art martial très différemment. Je perçois le Vovinam Viet Vo Dao comme un chemin de compréhension de la vie, qui m'a donné de me sentir bien et d'être en harmonie avec tout le monde. Le Vovinam Viet Vo Dao m'a donné confiance en moi, ce qui me permet, malgré toutes les difficultés de la vie, de n'avoir peur de rien. L'une des valeurs que m'a apportées le Vovinam et que j'apprécie le plus, est l'amitié.

    B.I.:
    En tant que fondateur du Viet Vo Dao, que pensez-vous de ces maîtres qui ont créé en Europe des styles de "Viet Vo Dao" quand leurs écoles sont en réalité d'origine chinoise?
    L.S.:
    Il faut distinguer deux choses: les faits réels et historiques et les inventions récentes. Autrement dit, si certaines personnes utilisent le mot "Viet Vo Dao" pour nommer un style en Occident, il ne peuvent changer le fait que Viet Vo Dao est un terme unique et inséparable du Vovinam. Il n'existe qu'un Viet Vo Dao et c'est le Vovinam Viet Vo Dao. Le sens de Vovinam, c'est art martial vietnamien", cela se réfère à notre école sur le plan technique. Le Viet Vo Dao signifie "la voie de l'art martial vietnamien" et se réfère à la philosophie du Vovinam.

    B.I.: Pensez-vous que le fait que le public soit trompé à ce sujet puisse endommager l'image du Vovinam Viet Vo Dao?
    L.S.:
    Il peut y avoir confusion pour les gens qui ne connaissent pas les arts martiaux vietnamiens, mais je pense que c'est une question d'information. Les écoles d'arts martiaux vietnamiens, au Vietnam, sont très nombreuses, il y en a plus de cent, mais elles sont toutes très petites. En revanche, il n'y a qu'une école de Viet Vo Dao et c'est le Vovinam Viet Vo Dao, le style le plus important et le plus répandu. Les petites écoles ont exploité en Occident le nom de Viet Vo Dao en tant que nom générique. Le public ignorant doit savoir que le Viet Vo Dao est le concept philosophique du Vovinam, l'école qui modernisa le Vo, le synthétisa et améliora son efficacité. C'est pour cela qu'il s'est développé.

    B.I.:
    La compétition occupe une place importante au sein du Vovinam Viet Vo Dao. Pensez-vous toujours, avec l'âge, qu'elle est indispensable pour le développement de l'art martial?
    L.S.:
    Il est vrai que la compétition occupe une place très importante dans le Vovinam Viet Vo Dao et à mon âge, je continue de penser qu'elle est indispensable pour l'évolution de l'art martial. Pourtant il ne faut pas donner trop d'importance au fait de gagner, mais plutôt au dépassement de soi-même et à la capacité d'utilisation des techniques apprises. C'est aussi une manière de rencontrer d'autres pratiquants et de développer ainsi l'amitié au sein de l'art martial.

    B.I.:
    À 25 ans, quelle était votre technique préférée?
    L.S.:
    (Rires). Il est très difficile de dire quelle était ma technique favorite, le Vovinam possède énormément de techniques, mais ce que j'aimais le plus, c'était les combat de Vât (au corps à corps).

    B.I.:
    Et à 45 ans?
    L.S.:
    (Encore des rires). À 45 ans, j'étais plus attiré par les techniques de base, les contre-attaques et les Song Luyen (combats codifiés, mouvement par mouvement, entrant dans le programme des examens).

    B.I.:
    À 78 ans, quels types de techniques pratiquez-vous et combien de fois par semaine?
    L.S.:
    Maintenant que j'ai 78 ans, le plus important est de centrer mon entraînement vers les techniques de Khi Cong, de respiration énergétique, comme les Nhu Khi Cong Quyen du Vovinam Viet Vo Dao, mais je continue de réviser doucement tout le programme depuis la base tous les jours. Quant à la fréquence, j'entraîne les Nhu Khi Cong Quyen trois fois par jour, tous les jours.

    B.I.:
    Tous les jours?
    L.S.:
    (Rire léger). Oui, tous les jours.

    B.I.:
    A quel âge croyez-vous que le travail énergétique soit le plus favorable?
    L.S.:
    Il est primordial de travailler les techniques de respiration dès les premiers pas dans l'art martial. Évidemment, pour les débutants et les pratiquants au niveau de base, ces techniques ne seront qu'une petite part de l'entraînement. Elle ira en augmentant au fil des années jusqu'à devenir la base de leur entraînement quand ils atteindront un âge avancé comme le mien.

    B.I.:
    Les techniques du Vovinam Viet Vo Dao ont beaucoup évolué en 60 ans et les pays qui le pratiquent n'ont pas suivi la même évolution. Que pensez-vous du travail d'unification au niveau mondial du maître Patrick Levet?
    L.S.:
    Ce que Patrick a commencé est une tâche difficile à réaliser. Jusqu'à maintenant, personne n'y est parvenu, en partie du fait de la divergence d'opinion de certains maîtres. Je désire de tout cœur qu'il y parvienne. Patrick Levet sait qu'il peut compter sur l'aide des meilleurs techniciens de Vovinam au Vietnam, les maîtres Nguyen Van Chieu et Nguyen Van Sen.

    B.I.:
    La différence entre les champions vietnamiens et les athlètes occidentaux est énorme. Pensez-vous qu'à l'avenir, le Vietnam perdra sa place la plus haute sur le podium comme ce fut le cas des Japonais en Judo et en Karaté et des Coréens en Taekwondo?
    L.S.:
    Si un jour le Vietnam perd sa plus haute place sur le podium, cela voudra dire que les autres pays ont atteint un excellent niveau, ce qui sera très positif pour le Vovinam Viet Vo Dao.

    B.I.:
    Vous avez connu la colonisation française, la guerre contre les Japonais, la guerre d'Indochine, le conflit Nord-Sud et la guerre contre les Américains. Pensez-vous que la nature guerrière du peuple vietnamien se reflète dans les techniques du Vovinam Viet Vo Dao?
    L.S.:
    Notre peuple possède des capacités innées pour combattre et les techniques de notre art martial le démontrent, mais nous pensons qu'en temps de paix, nous ne devons pas sortir les techniques de leur contexte, c'est-à-dire que nous les travaillons comme un art. Ce n'est qu'en cas de guerre qu'elles sont alors recentrées sur une utilisation belliqueuse.

    B.I.:
    Après toute une vie consacrée au Vovinam Viet Vo Dao, quel conseil donneriez-vous aux pratiquants?
    L.S.:
    En premier lieu, je suis très content qu'il y ait autant de gens pratiquant notre art martial et autant de maîtres qui suivent mon travail. Je les remercie tous, la relève est assurée. Le désir le plus fort d'un maître est que ses élèves le dépassent. Mon conseil se résume par ce dicton vietnamien qui dit: "Respecte ton maître et suis la voie de l'art martial".

    B.I.:
    Merci beaucoup Maître Le Sang.

    Interview réalisée par Budo International, dans la ville de Ho Chi Min au Vietnam, le 8 septembre 1998.



    [Edit]
    Certains paragraphes de l'auteur jugés subjectifs ont été retirés pour éviter toutes polémiques politico-historiques concernant les arts martiaux vietnamiens.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :